Les sorcières de Solferino

24 juillet 2008 | La vie de la cité | 1 Réponse

L’épisode Jack Lang n’est qu’une scansion dans le remuage orchestré par Nicolas Sarkozy depuis le début de sa présidence. Car Nicolas Sarkozy a osé faire, bien inspiré par François Bayrou, ce que personne n’osait faire : débaucher en pleine lumière. Jusqu’à présent, on dressait des blocs, avec ferme interdiction de copiner, et il était inconcevable pour quiconque de songer à débaucher. Car les thèmes de l’ouverture, de la dissolution du clivage gauche-droite, n’étaient pas porteurs. Aujourd’hui, ils le sont. Et Nicolas Sarkozy, en bon stratège, se jette dessus comme un mort de faim.

Il y a eu Kouchner. Il y a eu Jouyet. Il y a eu Besson. Les trois, arrachés, piqués, subtilisés par le président pour former son ministère. Aujourd’hui, il y a Jack Lang.

Comment ont réagi les socialistes ? De la plus mauvaise des manières : par des cris d’orfraie. Par des cris d’orfraie, et par des anathèmes. Des mises au ban, quasiment des lapidations. On a exclu Kouchner comme les autres, sinon officiellement des instances du parti, du moins du cénacle des socialistes. Et c’est là où cela devient problématique. Kouchner, Jouyet, Besson et Lang n’ont pas seulement franchi le Rubicon, la ligne jaune, ou bravé les lignes de conduite du Parti Socialiste. Non : si l’on en croit les déclarations de chacun, dirigeants comme militants, on en vient même à considérer avec béatitude et effroi qu’ils en ont perdu leur condition de socialiste. En allant prendre un maroquin dans un gouvernement de droite, Kouchner et les autres ont renié leurs convictions socialistes. Ils ne sont plus socialistes. Adieu leurs envolées lyriques ; exeunt leurs idées de gauche.

L’épisode Jack Lang, psychodrame qui sert à masquer une véritable réponse à la promulgation en grande pompe de la réforme des institutions, concentre à lui seul tous les éléments de cette chasse aux sorcières. Car ce n’est rien moins que ça.

Cela montre, et cela fait froid dans le dos, que le parti socialiste a un grave problème identitaire. Passer continûment son temps à vouloir définir qui est socialiste et qui ne l’est pas, qui prend dangereusement la tangente ou qui est un bon orthodoxe, recroqueville le parti sur lui-même. D’une manière ou d’une autre, la gauche a du mal à se séparer de ses vieux chancres moscovites. Comme le rappelait un jour Maxime Pisano, lorsque Dagrouik avait proposé à Luc Mandret de rejoindre les left-bloggers, la notion de « groupe » est fondamentale pour les socialistes. Et c’est là où la stratégie est dès le berceau viciée.

La notion de groupe est sphérique, sans interface. Tout groupe suppose une frontière, des codes, qui matérialisent deux espaces : l’in-group et l’out-group. En général, ce sont les membres du groupes qui décident eux-mêmes des éléments qui les caractérisent, les rapprochent, et les séparent des autres. L’ouverture du groupe à d’autres ne se fait dès lors que sur le mode de l’assimilation : il vous faut devenir comme les autres, comme ceux dont vous voulez intégrer le groupe. On ne peut guère reprocher aux socialistes cet aspect grégaire, car il est au fondement de la pensée socialiste : la conscience de classe. Être socialiste au XIXe siècle, c’est appartenir à un milieu. On recrute dans les syndicats, dans les usines, à la mine. Et le profil sociologique s’en ressent dès lors : quasi identiques en tous points, chacun a dès lors l’impression d’être dans un véritable collectif. Chez les communistes, cela allait même plus loin : il s’agissait d’une seconde famille, avec toute une contre-culture, et nul doute que cet aspect a également affleuré sur la gauche tradi.

Les socialistes transforment, malheureusement trop souvent, leur conscience de groupe en sectarisme de mauvais aloi. Il n’y a qu’à voir, et je déplore de mettre les pieds dans le plat, le niveau de plus en plus bas des left_blogs. Pas un jour sans lire que tel membre de la majorité est un (gros) con, une pute, que telle réforme est scandaleuse. Pas un jour sans qu’une blogwar soit proposée. Pas un jour sans sarko-bashing. Ce n’est plus une groupe, c’est une meute, qui traque, chasse, renifle l’odeur de la chair et lève le gibier. Mes rares discussions avec les blogueurs socialistes tournent court, parce qu’ils utilisent le mépris ou le rire jaune pour fermer le débat1. La contradiction est difficile, même à l’intérieur du parti, où l’on réduit chacun à son courant pour le dénigrer. Et ce sont les mêmes qui, pourtant, nous invitent à discuter et à débattre. Je me souviens encore de ce soir où je me suis retrouvé à me geler les orteils place de la Bastille à une connerie de happening Saint-Valentin pour faire campagne lors des municipales. Par la force des choses, il a fallu partager une bouche de métro avec des socialistes. La discussion s’est engagée, très cordialement, et en pas moins de deux minutes nous nous faisions traiter de marxistes (le comble).

Peut-on seulement définir ce qu’est un socialiste ou pas ? Y a-t-il une grille, une check-list quelque part ? Fut un temps où cela faisait mauvais genre d’être socialiste et riche. Et qui peut se déclarer gardien de l’orthodoxie socialiste ? Y en a-t-il seulement une ? Le temps des doctrines, des dogmes tout établis sur lesquels on doit prêter serment de fidélité et ne pas dévier est révolu. Un parti, ce n’est plus ça. Cela prouve bien l’angoisse des socialistes, qui depuis plus de dix ans ne s’identifient que par rapport à la majorité. Avant d’être socialiste, on est d’abord contre la droite. L’anti-sarkozysme devient le plus petit commun dénominateur, le fond de base. Ce n’est même plus de la critique, c’est de l’obsession. Comme une peur.

La peur d’une dépossession. On l’a vu pendant la campagne, quand Sarkozy coupait à travers champs : Guy Môquet, Jean Jaurès… Le panthéon de la gauche a été profané. Mais plutôt que de capter cet errement sarkozyste dans la galerie de portraits du PS et d’en faire une véritable force, les dirigeants ont réagi en gardiens du temple. Enfer et damnation, on nous pique nos pièces de musée ! Mais le temps serait bienvenu de remiser les vieilles choses au placard et de laisser cela à l’histoire. On n’a jamais vu l’UMP glorifier André Tardieu ou s’effaroucher que le centre lui braconne Georges Bidault (que François Bayrou affectionne tout particulièrement d’ailleurs).

On cherche toujours ce qui peut sortir de ces chasses aux sorcières hormis un rabougrissement d’un parti. C’est le cas pour le PS comme pour tous les partis. Même au MoDem, quand j’entends parler de « purge » ou de « purification », je crois halluciner. Sauf qu’il semble, et c’est plus grave, que ce soit atavique chez les socialistes, un sport favori.

Les Sorcières de Salem d’Arthur Miller étaient une allégorie du maccarthisme.

  1. Enfin, sauf Marion []
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§ One Response to “Les sorcières de Solferino”

Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”