« A l’avenir, ce type de manquement à la probité politique ne sera plus admis au Parti Socialiste »
Ségolène Royal, 21 juillet 2008
Voilà, les parlementaires ont voté. D’une courte tête, deux voix, ils ont voté la réforme des institutions proposée par la majorité. Réunis à Versailles, lieu symbolique pour la République, ils ont dit oui. Certains par conviction, d’autres par discipline. Certains ont reçu des pressions. Certains ont baissé leur pantalon. D’autres ont tenu tête. Certains ont voté comme parlementaires, d’autres en petits soldats bien dociles.
Et Jack Lang dans tout cela ? On appréciera différemment. Jack Lang est un fana des institutions, qui proposait déjà une réforme des institutions dans son livre Changer paru en 2005 : sa présence dans le comité Balladur ne faisait aucun doute, et donc son vote non plus. Maroquin ou pas ? Sans doute ; de là à dire que c’était un noniste transfiguré en ouiiste, il y a peut-être extrapolation. Ce qui est sûr cependant, c’est que Jack Lang a voté contre… son groupe parlementaire et sa famille idéologique, le PS. Odieuse trahison.
Tous les responsables socialistes évoquent à mots (dé)couverts l’exclusion de Jack Lang. La procédure d’exclusion est facilitée par les statuts du PS. C’est là qu’on tombe des nues.
Les statuts du PS, donc, stipulent clairement que :
Art. 9.6 — Les membres du groupe socialiste au parlement acceptent les règles internes du Parti et se conforment à sa tactique. En toutes circonstances, ils doivent respecter la règle de l’unité de vote de leur groupe. En cas d’infraction à cette règle, le Conseil national peut faire jouer les dispositions prévues à l’article 11.12. Les membres de la délégation socialiste française au parlement européen sont soumis aux mêmes dispositions.
Chez les socialistes, donc, un parlementaire n’est pas parlementaire. Il n’est pas élu du peuple, n’a pas à le représenter. Du moins pas tout de suite. Non, le parlementaire socialiste est d’abord et avant tout un socialiste, un membre de son parti, un petit soldat de plomb qu’on dispose sur le champ de bataille parlementaire. Sa voix est une munition. Sert-elle à légiférer sur les grands scrutins ? Non, sur les grands scrutins, elle sert à abattre l’ennemi majoritaire. Peu importe ce que pense le parlementaire socialiste : si le groupe a décidé telle chose, alors, ô Dieu, celui qui ne suit pas la discipline est déclaré hérétique. Langue tranchée, le bûcher. Chez les socialistes, on a au moins le mérite de déclarer le godillotage comme principe de fonctionnement, tout socialiste qui veut être élu étant explicitement invité, en signant le présent règlement (ou en opinant du chef à son égard), à l’accepter bon gré, mal gré.
Et donc, après le scrutin, les Père-la-morale s’en sont donné à cœur joie. Il fallait un bouc, ce sera le député de Boulogne. Jack Lang comme porte-étendard de l’improbe, figure de la traîtrise et allégorie du dévoiement de la fonction d’élu. Aïe, on parle de morale et d’éthique politique. Enfin, Ségolène Royal en parle (cf citation en incipit). Oui, elle en parle. La probité politique chez les socialistes, c’est donc d’accepter de servir son parti avant ses concitoyens, de transformer son vote en un vote contre tel ou tel gouvernement. Pour le fond du projet, on repassera. Et puis, l’objectif c’est d’empêcher par tous les moyens le Président d’avancer, pour ensuite lui reprocher de n’avoir rien fait. Alors ceux qui rongent les freins, on leur casse les dents.
N’est-ce pas Ségolène Royal qui prône une VIe République, pour retrouver de la morale en politique ? Bah, à défaut de changer les pratiques, on aura changé de nom…
Je veux bien admettre que cette chasse aux sorcières si particulière aux socialistes soit agaçante, mais avant d’exhiber dans tous les blogs cet article des statuts, peux tu garantir qu’il n’existe aucune règle de ce genre dans ceux de l’UMP ou du Modem?
Les socialistes avec qui j’ai débattu de cela ont mis en avant l’alliance communistes-centristes à Aubagne lors des dernières municipales. Or, François Bayrou n’a fait que réprouver une telle alliance, celle-ci n’a pas à ma connaissance donné suite à des exclusions.
Il faut de plus différencier les stratégies parlementaires des stratégies politiques. Qu’on exclue des militants parce qu’ils soutiennent ouvertement un autre candidat que celui désigné, c’est triste, mais passe encore. Qu’on capture le pouvoir d’un député de voter en son âme et conscience, d’exercer sa vraie fonction de représentant, au profit de jeux d’appareil, c’est là le dernier stade d’un dévoiement complet des pratiques politiques. C’est du chantage, donc de la corruption ?
Très bonne note et remarque. J’y fais référence dans mon dernier billet sur la crise socialiste actuelle qui, j’en ai peur, devient une crise nationale où face à un pouvoir concentré, hyperactif, idéologiquement fort et déterminé, le citoyen ne trouve aucune alternative.
[...] au PS, obligé ipso facto d’exclure les renégats du socialisme, comme il le fut lors du vote de la réforme constitutionnelle de juillet dernier. Ce week-end, au détour d’une interview, Bernard Kouchner a été coincé [...]