Off the record et rhétorique de la désinvolture

1 juillet 2008 | Médias | 4 Réponses

Nouveau buzz. Ça commence à circuler partout, on se refile l’info, vidéo virale, effet tâche d’huile. Un Président de la République au naturel, « off the record », comme on dit dans le jargon journalistique, qui discute avec des journalistes et des techniciens de France 3. Échanges pas toujours très amicaux, notamment avec un technicien, qui refuse de lui dire bonjour (ça rappelle quelque chose). Comme avec l’esthéticienne, le président, échaudé par sa houleuse prise de bec au salon de l’Agriculture, se contrôle. Un petit coup de morale pour dire que c’est pas bien de ne pas saluer les invités d’un plateau, a fortiori quand on est sur le service public, etc. Échanges formels et assez froids avec Paul Nahon et Audrey Pulvar : pas vraiment la rigolade.

Ah, ça croustille. On nous avait fait le coup deux fois, avec Rachida Dati. On aime ça, farfouiller. Nos hommes politiques dans l’intimité, la petite phrase malencontreuse, vite montée en épingle, et le bataillon de journalistes prompts à se constituer en tribunal de l’éthique politique.

Chez Embruns, on partage mon avis. Cette information est une non-information, un pot de miel sur lequel se jettent de « noirs bataillons de larves » affamés de scoop. Rien à ronger sur l’os, pourtant. Pas de vitupération de Nicolas Sarkozy, une ambiance tendue mais non houleuse. Oh, de-ci, de-là, quelques sous-entendus qu’on éclaire à la lumière de la commission Copé, notamment un cinglant « ça va changer », mais, dans le fond, rien.

Chez les journalistes autoproclamés, on ne partage pas l’analyse des « blogueurs autoproclamés » (on ne reviendra pas sur le débat oiseux au sujet de l’arlésienne des blogueurs influents). Guy Birenbaum, dont la distance critique est aussi courte que le prénom, livre sur l’excellent Post.fr (ironie inside) une réponse en forme de pamphlet à Embruns. Extraits :

Parce que, justement, rien n’est plus révélateur qu’une séquence comme celle-là et ce, quel que soit l’intéressé. [...]

Parce que, justement, la différence entre la communication et l’information suinte uniquement dans ces interstices où la vraie personnalité affleure et se révèle.

Parce que, justement, tout politique et tout journaliste installé(s) sur un plateau sait/savent évidemment que, dix minutes avant l’antenne (et après encore), des caméras tournent, que les micros sont ouverts et qu’on les enregistre en régie… Et que, donc, tout peut sortir. Président ou pas. [...]

Parce que Gloaguen, enfin, ne sait absolument rien des devoirs d’un journaliste. Le premier est simplement le devoir d’irrespect… [...]

On y vient. Le rôle du journaliste n’est pas d’informer, mais d’emmerder. Chercher la petite bête, mener l’enquête indépendante, investiguer, chercher la vérité derrière la vérité officielle, démonter le complot. Tout cela, par irrespect. Par mission bienfaitrice et charitable. Alors, l’homme politique devient non pas un être respectable, mais un être potentiellement dangereux, manipulateur. Les mots qu’ils prononcent ne sont que des paravents, des écrans de fumée intolérables pour celer la vérité.

Et puis la politique, c’est quoi ? Un miroir aux alouettes ? Un jeu de l’être et du paraître. Procès de l’impuissance de l’action publique, dilution du politique et du diplomatique, asservissement de ceux-ci aux intérêts économiques (Kadhafi et le Tibet). Alors, en bon journaliste citoyen irrespectueux, on a le devoir de mépriser l’action publique, de bousculer les hommes politiques.

C’est cela, la « rhétorique de la désinvolture » qu’a analysée Michel Truffet. Une rhétorique qui naît directement avec la pratique underground du journalisme pendant mai 68 et s’institutionnalise dans les années 70 via la presse satirique de gauche ou d’extrême gauche, dont Hara-Kiri ou Charlie Hebdo. J’en ai parlé ici. Une rhétorique qui avilit l’action publique au moyen d’un ton irrévérencieux, mobilise le doute méthodique de Descartes au rang de principe réflexif, et utilise le mauvais esprit comme une marque de fabrique.

Tout n’est pas à jeter dans ce journalisme. Bakchich, iPol, Dimanche+ sont les fils de cette presse irrévérencieuse et désinvolte, cette soif de déguinder le politique. Tant qu’on se rend compte que c’est une posture, nul souci. Quand, comme Birenbaum, on est prêt à l’enseigner dans les écoles de journalisme en considérant que c’est l’article premier, sinon le préambule, du code déontologique du métier de journaliste, on peut douter de l’avenir des médias.

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§ 4 Responses to “Off the record et rhétorique de la désinvolture”

Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”