Il s’appelle Islam. Islam Alaouchiche. Il a 9 ans, il parle très bien français, il va à l’école laïque comme tous ses petits copains. Il regarde la télévision française aussi. Et notamment Gulli TV. A Gulli TV, il apprécie tout particulièrement une émission jeunesse : « In ze boîte ». Et il se dit : pourquoi ne pas y participer ?
Alors il postule en février. Il remplit un formulaire de candidature à son nom : Islam Alaouchiche. Et il est retenu. On l’appelle : l’émission doit avoir lieu fin février.
La suite ? Vous la trouverez dans cet article de Rue89.
Selon sa mère, Gulli a voulu jouer la prudence. Pour ne pas choquer, il leur a semblé incongru que ce prénom soit mis en avant en direct sur leur chaîne. Et donc de proposer de le changer : Ahmed, oui ; Islam, non. Et SOS Racisme dans tout ça ? Même réaction : selon sa mère, une responsable de l’association de lutte contre les discriminations raciales aurait pointé un décalage entre le choix du prénom et la nécessité de s’intégrer. En clair : appeler son fils Islam, c’est donner le bâton pour se faire battre.
Etrange conception de la précaution laïque. Qu’une fille voilée à la télé puisse choquer, cela est parfaitement compréhensible. En revanche, dans ce cas précis, quelle est le fondement de l’application de ce principe de précaution ? La peur de choquer la France laïque ? Je ne crois pas. C’est au contraire la peur de susciter une polémique qui, sur fond de laïcité (j’en cherche encore les traces qu’on veut bien nous montrer), raisonne en fait sur un relent de xénophobie ou de cette méfiance planant dans une certaine couche de la population française. Qu’un petit enfant musulman, portant sans doute sur lui les traits physiques de ses origines, au prénom à la fois arabe et religieux, soit propulsé en direct dans les foyers français, quelle agression ignoble.
Que faudra-t-il bientôt ? Qu’en signe d’intégration, les familles dont les ancêtres ont jadis émigré en France (notez : « les ancêtres » ; ces familles sont françaises, fiscalement, de naissance et de nationalité) nomment leurs fils Pierre et leurs filles Marie-Louise ? Qu’elles travestissent la provenance de leur hâle subtil, du soleil du Maghreb à celui de Narbonne ?
Gulli a créé une polémique totalement inutile. Inutile dans son fondement même, le principe de précaution étant largement plus construit sur la grande peur chimérique que sur un risque tangible. Risque de quoi, d’ailleurs ? De perdre des spectateurs ? Il est vrai que Médiamétrie place Gulli en tête des chaînes de la TNT au mois de mars…
Faudrait envoyer un môme prénommé Jésus candidater à la même émission …
-> « Qu’une fille voilée à la télé puisse choquer, cela est parfaitement compréhensible ».
Je ne vois pas qui ça choquerait de voir une fille voilée à la télé, surtout quand on en voit déjà. Après tout, on voit bien des catholiques à la télé faire le signe de croix ( ex : Sarkozy – mais on pourra bien sûr prendre l’exemple des catholiques dans les fictions…) ou encore des juifs portant leur kippa, et là, ça ne dérange personne.
-> « Que faudra-t-il bientôt ? Qu’en signe d’intégration, les familles dont les ancêtres ont jadis émigré en France (notez : “les ancêtres” ; ces familles sont françaises, fiscalement, de naissance et de nationalité) nomment leurs fils Pierre et leurs filles Marie-Louise ?
Concernant les prénoms, c’est déjà le cas, c’est aussi pour ça que beaucoup d’asiatiques et de noirs en France portent des prénoms comme « Thomas, Pascal, Stéphanie » etc (je vais pas non plus faire la liste des prénoms que je connais). Le prénom, c’est carrément devenu « un critère d’intégration ».
Je ne vois pas en quoi une fille voilée choquerait plus qu’un petit garçon nommé Islam. La symbolique est tout aussi forte même si elle n’est pas directement visuelle. Mais pour le reste je suis d’accord.
Sans doute parce qu’on choisit de porter le voile, alors qu’on ne choisit pas son prénom et qu’à 9 ans, on ne peut pas être tenu pour acteur responsable de ce grand débat de société ?
Une gamine de 9 ans qui porte le voile ne choisit pas non plus, et ne sera pas plus responsable de ce grand débat.
Je ne peux pas m’empecher d’être genée par ce prénom, Islam, comme je serais genée par le prénom Jésus. Imposer un tel prénom c’est introduire violemment la religion dans la vie de quelqu’un qui n’en a pas encore fait le choix. D’autant plus que ce n’est pas le prénom d’un personnage religieux (j’ai ma fête le jour de l’Assemption alors c’est malvenu de ma part…) mais le nom d’une religion.
J’imagine difficilement que ce prénom ai été fait par hasard vu sa forte symbolique, surtout à notre époque en France, ou par beauté du nom. C’est d’autant plus injuste que le prénom est imposé à l’enfant par ses parents.
Pour cette raison, et faute de renseignements supplémentaires sur les familles, les raisons et les conditions dans lesquelles le refus de la chaîne s’est effectué, je n’arrive pas à être choquée…
Le problème, Marion, c’est qu’il est presque impossible de s’extraire de la religion quand tu choisis un prénom. Il faut dans ce cas enlever Moïse, Mohamed/Mhamed/Muhammad, Joseph, Ezéchiel, Elie, Elisabeth, Jérémie, Abraham, Pierre, Jean, Luc, Matthieu, Aïcha, Gabriel/Djibril… et même Marie ! D’ailleurs, Marion n’est qu’une dérivation populaire. ;-)
Le choix des prénoms n’est aucunement anodin. Si tu t’intéresses à l’étymologie, tu remarqueras qu’il y a des différences dans les aires culturelles. Les prénoms germaniques sont par exemples areligieux, mais sont construits à partir de substantifs ou de qualités physiques et morales, de sorte qu’en choisissant un prénom tu en captes les qualités. Rodolphe veut par exemple dire « loup renommé » (hrod / wulf). Les prénoms asiatiques sont également dans cette mouvance là. A l’inverse, dans les « sociétés religieuses », il y a une pénétration beaucoup plus forte des éléments linguistiques religieux dans les prénoms. Cela ressort des mentalités propres à chaque société et de leur rapport au don patronymique.
Pour le voile, je ne parlais évidemment pas des filles de 9 ans. D’ailleurs, il me semble qu’on ne peut pas (encore) porter le hidjab à cet âge-là.
J’avais précisé que mon prénom se fête le jour de l’Assemption pour te couper l’herbe sous le pied mais ça n’a pas marché ;) (d’ailleurs je t’aurais bien renvoyé l’ascenseur mais à part la référence à the great gatsby je ne connais pas ton prénom…)
Effectivement la symbolique religieuse a pu être importante pour les prénoms, dans une société religieuse. Aujourd’hui, appeller son enfant Marie, Marion, Pierre, Jean … ne signifie plus grand chose, mis à part que l’on aime ce prénom! Dans une société laïque et surtout peu pratiquante, le choix de ces prénoms n’a plus vraiment de valeur religieuse. Combien de Sarah ne sont pas juives (et combien de Marion ne sont pas catho…)
Je ne peux pas m’empecher d’y voir une difference avec Islam, et une difference qui me dérange un peu.
Il n’est pas question de nier la discrimination dont a été victime le petit garçon.
Je ne savais pas que « Islam » était un prénom commun dans la religion musulmanne (mais je n’y connais pas grand chose). Mohammed ou Aïcha sont dénués de conotations religieuses tellement ils sont devenus banals. Si c’était un petit Mohammed qui avait subit cette discrimination, j’aurais immédiatement été choquée.
Donner un tel prénom à son enfant n’est pas sans arrière pensée, et porte une vrai « revendication », qu’elle soit identitaire ou religieuse. Et c’est ce qui me gêne.
Ca m’apprendra à sauter certaines lignes (pour tout dire, j’avais pas lu la mention de l’Assomption).
J’ai effectivement exagéré. Il y a une différence entre les prénoms. A partir du moment où l’on ne fait plus un lien religieux, il n’y a plus de polémique. Ce qui explique que Marie et Jospeh ne portent plus à confusion. Je ne crois pas en revanche que Mohammed ait perdu sa dimension religieuse : il s’agit tout de même du nom du prophète de l’Islam, ce qui n’est pas rien. Des Jésus, Mohammed, Moïse, il y en a beaucoup.
La différence avec Islam, c’est peut-être, justement, que ce prénom n’est pas courant. C’est ce que j’apprends dans la recherche : dans une série X, le singulier Y vous saute aux yeux. Ou à la gorge. Mais, si l’on regarde bien, il n’y a aucune différence entre Islam et… Christian. Je connais même un Christos !
Pour mon prénom, il suffit de farfouiller sur ce blog, c’est écrit en gros et en haut ;-)
Rassure-toi, rien n’est religieux chez moi, pas même mon prénom. Il serait plutôt… mythologique :p
Pour le lien avec Christian… bravo, je n’y avais pas pensé. Je pourrais rétorquer qu’idem christian ne veut plus rien dire aujourd »hui… Mais c’est à n’en plus finir. Et sur la singularité qui saute aux yeux tu n’as pas (complètement, parce que j’aime bien avoir raison) tort…
Le suspense est tombé pour ton prénom, j’ai été curieuse. Dommage… Pas que je n’aime pas ton prénom mais c’était un peu surréaliste de s’adresser à Nick Carraway ;)
S’il y avait 60 000 musulmans en France qui s’appelaient Islam, on en ferait pas tout un plat. De toute façon, c’est la quadrature du cercle, cette question : on veut de la laïcité tout en préservant l’héritage chrétien, qui ne choque pas. Que Noël soit un jour férié alors que Pessah, non, ça ne choque personne. C’est le même ordre d’idée… Ce n’est pas de nommer un enfant du nom de sa religion qui choque (puisqu’on fait de même chez nous), c’est d’y percevoir un refus de s’intégrer ou autre.
Pourquoi dommage ?
Le plus drôle – c’est dans le dossier que La Vie a consacré à cette affaire la semaine dernière – c’est que les parents n’avaient pas voulu l’appeler Islam. C’est une faute de « frappe » de l’employé administratif qui a enregistré le nom…
Ne me dis pas qu’ils ont voulu l’appeler Isham ou Hisham ?
Dommage pour toutes les Madame Bovary des blogs.
Il n’y a que cet « endroit » pour s’adresser à des personnages de romans ou des gens dont on ne connaît pas le prénom.
Je ne savais pas que tu cherchais cela sur un blog ;-)
Fallais pas t’appeller Nick Carraway ;)
Je m’en excuse, dear Daisy Buchanan (fallait naître brune ;) ).
Après t’être autoproclamé Nick Carraway sans concertation aucune avec les lecteurs, voilà que tu m’apelles Buchanan. Pas très flatteur pour moi ;)
Vendredi un doctorant de l’EHESS vient participer au coloque du labo de sciences politiques à la fac de Motpellier (passionnant je sais, mais j’y pense, tu fais partie de cette drole de secte qu’est l’EHESS …)
Je suis un peu chaque personnage : il y a du Gatsby en moi (beaucoup), du Meyer Wolfshiem, un peu de George Wilson les mauvais jours. Mais en revanche, pas de Tom Buchanan ;-)
Et effectivement, dans ma bouche, le compliment suprême est Jordan Baker.
Oui, les humanistes de la Maison sont un peu une secte, quoique ce qualificatif s’applique en général plutôt aux bobobourdieusiens qui ne jurent que par le défunt Maître. Attention aussi aux succursales : il y a une antenne marseillaise de l’EHESS, et je ne connais pas les gens qui sont là-bas. Quoiqu’un humaniste fan de l’OM, c’est conceptuellement hilarant.
C’est toi qui est féroce avec les « bobobourdieusiens ». Si je ne m’étais pas décidée pour le droit c’est pour et par lui que j’aurais pu céder à la socio… La lecture (relative) est intéressante mais je regrette de n’avoir pu l’étudier.
J’irais voir, et écouter, pour tenter de découvrir ce qu’est l’ehessien ;)