Querelles de centres

19 mars 2008 | La vie de la cité, MoDem | 7 Réponses

Ah, le centre. Son aspect pot-au-feu (du vert, du orange, de la viande bouillie…) a de quoi faire saliver. Casse-tête pour les hommes politiques, qui voient en lui une menace permanente et tentent d’étouffer dans des oreillers rose et bleu le souffle juvénile d’un nouveau-né politique. Bonheur des journalistes, car matière à glose infinie et cependant fade sur son avenir. Le centre est-il atteint d’une maladie orpheline ? Quelle espérance de vie ? La greffe du bras gauche et du bras droit va-t-elle tenir ?

Et c’est précisément au moment où le corps se délite, où les membres se décharnent, qu’il vaut d’être convoqué dans les médias. Scoop : le MoDem se déchire. Re-scoop : untel claque la porte. Re-rescoop : Le pot-au-feu manque de « substantifique moelle » (mon tag spécial et désormais favori pour que Luc me fasse de la pub), c’est devenu un bouillon falot dans lequel barbotent de vieux morceaux de carne filandreux.

Alors nul étonnement à ce que le combat des centres intéresse la presse. Depuis le second tour des municipales, chacun exhibe son poireau et lance son OPA politique. Bayrou veut continuer à rallier les déçus du socialisme et de la frange gaulliste qui ne se reconnaît plus dans la Reichspolitik sarkozyste. Morin, quant à lui, glose à satiété et d’une voix de fausset que le centre, c’est lui, c’est le Nouveau Centre, que le MoDem, c’est un ovni culinaire peu ragoûtant, une soupe idéologique, et qu’il faut se rallier à son fumet centriste en retrouvant le charme et le goût des bonnes vieilles recettes de grand-mère.
Dégoûté du MoDem ? Venez souper à ma table, cher commensal.

Querelle d’auberges. En ce qui concerne le Nouveau Centre, je dirais querelle d’auges. Morin taxait dimanche soir le MoDem d’être un « centre d’opposition » (ce qu’il est de facto, j’en conviens, mais on ne peut pas blâmer le MoDem d’être obligé de rompre en visière avec les dix premiers mois de gouvernement, tant ceux-ci sont globalement très éloignés des valeurs de ses militants et de ses quelques cadres), et invite chacun à rejoindre son boui-boui politique que d’aucuns appellent avec délice un « centre de fellation » (merci Frédéric Neff).

Ils l’avaient pourtant promis : en se soumettant de bon gré à la toute puissance déferlante de la globalisation culinaire de la vie politique française du côté du levant, le Nouveau Centre conserveraient ses recettes d’antan, ses savoirs et pratiques antédiluviens, le petit goût franchouillard de nos campagnes locales. Partenariat politique et interactif pour échanger saveurs et influences, disaient-ils. Et ils le disent encore : sauf que, après dix mois, on les prend pour des chevaux de Troie fantoches du GaUlt et Millau de la Politique. Là où ils voulaient déguster le suc de la politique majoritaire, on les a gavés telles des oies de couleuvres bien grasses. Et pas un, même André Santini, pour expectorer en direct les visqueux reptiles.

En fait de persistance des petites particularités traditionnelles, le Nouveau Centre a subi de plein gré une véritable acculturation, un affadissement de son patrimoine culinaro-politique pour rester à la table des commensaux et se bâfrer d’autre chose que des miettes du festin de Job. Ce qu’il repropose aujourd’hui est un catalogue de recettes industrielles de synthèses percluses de colorants artificiels et saupoudrées d’exhausteurs de goût. Un ersatz falot qu’on maquille en produit brut de nos terroirs.

Entre le goût suret d’une cuisine politique qui mélange des influences de gauche et de droite et donne au lendemain des grands festins électoraux des aigreurs d’estomac pour les plus résistants, et de franches nausées chez les plus fragiles, et la saveur pâteuse et melliflue d’un antalgique de basse cuisine, mon choix est tout fait : au confort des recettes canoniques, je préfère l’aventure de la subversion des sens et des dogmes, dût-elle me ravager l’estomac.

« Ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent ne savent ni boire, ni manger« , disait Brillat-Savarin (Physiologie du goût, 1826).

EDIT : Au vu de mon développement, la querelle des centres ressemblerait en fait à ça]

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§ 7 Responses to “Querelles de centres”

  • Lancelot dit :

    Je prends mon aspirine et je relis ta note :p

  • MIP dit :

    ça serait pas mon premier commentaire ici ?
    Bon sinon, je crois bien que je me classe dans la catégorie des plus résistants … je viens d’y rentrer mais j’ai tellement eu de nausées dernièrement que je m’aguerris ;-)

  • Nick Carraway dit :

    Les copains ont toujours un peu de bicarbonate de soude pour faire passer la pilule… ;-)
    A boire avec de la vodka-orange ? :p

  • MIP dit :

    Du bicarbonate de soude ou de la vaseline, c’est au choix ;-)

  • Nick Carraway dit :

    Je crois que parfois, c’est à coup de parcmètre et de verre pilé qu’on se fait entuber… ;-)

  • Leroy-Morin dit :

    Tu ne vas pas réussir à me dégoûter du pot-au feu , na ! Tout peut s’avaler avec un verre de calva (ses propriétés antiémétique sont bien connues à Epaignes)

  • [...] opportunisme pour aller gratter des croûtons de pain à droite à gauche. J’ai suffisamment tapé sur le Nouveau Centre pour [...]

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”