Ça commence à phosphorer à l’UMP. La splendide concrétion réalisée par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, parvenant à rallier à son panache bleu-canard des centristes égarés et renégats, des anciens gaullistes historiques [exceptés ceux qui se disent plus gaullistes que le gaullisme, comme Nicolas Dupont-Aignan], des traîtres à la cause socialiste et des droitiers purs et durs, commence de voler en éclats. On s’était déjà gaussé des tensions au sein de la majorité générées par la politique d’ouverture du néo-président lors de la constitution du gouvernement. Certains porte-flingues à la langue bien pendue tentaient de masquer leur déception derrière un humour jaune : l’ »ouverture jusqu’aux sarkozystes » ! Et puis il y a ceux pour qui la mise en scène de la vie privée du président-people n’a jamais paru avoir une quelconque utilité dans sa fonction présidentielle, comme pour Jean-Louis Debré. Les sondages aidant, les maires investis par l’UMP avaient intimé à Nicolas Sarkozy de ne pas venir les soutenir de manière trop ostentatoire. Un président à l’image écornée, c’est pas glamour. Et, dernière grogne en date, celle des députés UMP à propos du rapport Attali, goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la patience et de la discipline. Un député court-circuité par une hyperprésidentialisation, à qui on impose des cadences folles à faire grimper les taux de méningite, pour des résultats peu évidents, cela a de quoi griser.
Mais depuis une semaine, et de manière plus aigüe depuis ce week-end, la machine s’enraye. Je ne reviendrai pas sur l’épisode neuilléen, si ce n’est pour dire qu’avec Arnaud Teullé, on voit bien que les allégeances locales sont en fait distendues et plus du tout tenues par la force de cohésion dont le président-candidat avait su faire montre. En décidant de mener une liste dissidente et d’argumenter son choix autour de la question de la fidélité (rhétorique classique de l’héritage représenté), Arnaud Teullé a engagé une bataille idéologique dont il faudra suivre les passes d’armes pendant la campagne municipale.
Ce soir, je tombe sur un article effarant et révélateur. Marie-Anne Montchamp, députée UMP du Val-de-Marne, invite à « refonder l’UMP ». En substance, il est dit que Sarkozy est allé trop loin, tant dans ses promesses de changement, de rupture, du « tout est possible », que dans son virage à droite. Selon elle, l’UMP risque la dérive fatale d’un parti qui, aveuglé par d’autres modèles, risque de louper l’ancrage à une société et à son histoire politique. On sent une remise en cause de la possibilité de faire coïncider la France avec une droite d’inspiration néo-libérale anglo-saxonne.
Cette sortie est révélatrice de deux choses. D’une part, le fait qu’un député inconnu fasse entendre une voix dissidente montre que la grogne n’est pas seulement limitée à ceux des cénacles qui n’ont eu que les miettes du festin de Job, mais aux chevilles ouvrières de la majorité présidentielle. Autrement dit, si Marie-Anne Montchamp est porte-parole d’un mouvement de contestation des sénateurs et députés « troisièmes couteaux » UMP, ça sent la fronde. D’autre part, la contestation du modèle idéologique choisi par le président offre clairement la possibilité d’une rupture sans précédent pour la droite, entre une droite néo-gaulliste (dont on ne sait pas encore de quoi elle sera constituée) et une droite néo-libérale. Etant donné la fascination du général, il se peut d’ailleurs même que les deux forces soient, peu ou prou, équitables en poids électoral et en élus.
Certes, relativisons. Marie-Anne Montchamp vient d’être suspendue du parti en raison du rififi provoqué à Nogent-sur-Marne, où elle présente une liste dissidente, ce qui peut expliquer une certaine amertume. Mais tout de même. Rappelons que Nicolas Sarkozy a rallié avant tout sur ses qualités d’(hyper)activité, de dynamisme, reconnues par tous. Mais nombreux ont été ceux qui se sont toujours maintenus au bord de la piscine UMP, et qui n’ont trempé que le bout des doigts de pied dans le décrochage idéologique depuis la présidentielle, comme Jean-Luc Moudenc et François Goulard, anciens UDF. Tout un bloc qui peut vite s’effriter et se désagréger.
Il reste à concrétiser cette philippique. Si effectivement cela se produit, alors on assistera à un drôle de bal. D’un côté, une droite bleu pâle qui se recentre en se « regaullisant » ; de l’autre, une gauche qui a compris que son avenir passe par une longue digestion de l’économie de marché et qui doit la rendre compatible avec son projet. Et au centre, une formation qui a fait de ce constat que les clivages sont dépassés et que droite et gauche peuvent se trouver des points communs. Braconnage ou effet tache d’huile pour le MoDem…
En tout cas, même si je crois peu à l’essor de ce cavalier seul dans l’avenir, voilà une intervention qui me laisse l’espoir d’être un jour réconcilié avec la droite. Je n’ai jamais été convaincu de la pertinence de lancer la France sur le modèle anglo-saxon. Les Français, d’une manière ou d’une autre, veulent mêler économie et social. Ils souhaitent autant l’ordre strict que la liberté autant que possible. J’ai toujours trouvé assez pertinente le trait d’esprit d’Edouard Herriot :
« Les Français ont le cœur à gauche et le portefeuille à droite » [Tout comme pour la citation "Ce qui ne tue pas nous rend plus fort", j'ai toujours eu du mal à attribuer un auteur à cette citation. Je me demande si elle ne vient pas en fait d'André Tardieu]
C’est certes caricatural, un peu trop catégorique, mais c’est particulièrement juste sur un point : les Français ne sont pas adeptes des solutions monocolores. Et à ce petit jeu-là, le pari d’un revival gaulliste peut être un coup fourré. Mais reste à trouver le nouveau De Gaulle.